Surdose intentionnelle : soutien psychologique et ressources en crise

Florent Delcourt

13 janv. 2026

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Une surdose intentionnelle n’est pas un geste impulsive. C’est souvent le dernier souffle d’une personne qui ne voit plus d’autre issue à sa souffrance. Chaque année, des milliers de personnes en France et dans le monde tentent de mettre fin à leurs jours en ingérant une quantité mortelle de médicaments - antidouleurs, anxiolytiques, antidépresseurs, ou même des produits du quotidien comme le paracétamol. Ce n’est pas une erreur. Ce n’est pas un accident. C’est un cri d’alarme, mal compris, mal entendu, mal pris en charge.

Comment une surdose devient un acte de désespoir

Beaucoup pensent que quelqu’un qui tente une surdose veut mourir. La vérité est plus complexe. La plupart des personnes qui font cela veulent que la douleur cesse - pas qu’elles disparaissent. Elles ne veulent pas mourir. Elles veulent que ça s’arrête. Et elles croient, à tort, que la surdose est la seule façon d’y arriver.

Les données du CDC montrent que 15 à 20 % des décès par suicide aux États-Unis sont dus à une surdose intentionnelle. En France, les chiffres sont moins précis, mais l’INSEE signale une hausse des intoxications volontaires chez les jeunes depuis 2020, surtout chez les 15-24 ans. Les médicaments prescrits sont les plus fréquemment utilisés : les benzodiazépines, les antidépresseurs, les opioïdes. Pourquoi ? Parce qu’ils sont accessibles. Dans un tiroir de salle de bain, dans la pharmacie familiale, dans un sac à dos d’adolescent. Pas besoin d’arme. Pas besoin de plan complexe. Juste un comprimé. Puis un autre. Et encore un autre.

C’est une méthode qui semble « douce ». Mais elle ne l’est pas. Une surdose de paracétamol peut détruire le foie en 72 heures. Une surdose d’antidépresseurs peut provoquer des convulsions, un arrêt cardiaque, un coma. Même si la personne survit, elle peut perdre des organes. Elle peut avoir des séquelles neurologiques. Elle peut passer des mois à l’hôpital. Et elle peut se réveiller avec une honte plus lourde que la douleur initiale.

Les ressources qui sauvent - et celles qui manquent

En 2022, la France a lancé le 3114, le numéro d’écoute pour les crises psychologiques. C’est l’équivalent du 988 aux États-Unis. Un numéro gratuit, disponible 24h/24, 7j/7. Mais peu de gens le connaissent. Et encore moins savent ce qu’il peut vraiment faire.

Quand quelqu’un appelle le 3114 en pleine crise, il ne tombe pas sur une machine. Il tombe sur une personne. Un psychologue formé. Un travailleur social. Quelqu’un qui a appris à rester calme, à ne pas juger, à ne pas couper la ligne. Une étudiante de 19 ans a appelé en janvier 2025 après avoir avalé 30 comprimés. Elle a parlé pendant 47 minutes. L’écouteur lui a demandé : « Tu veux qu’on appelle les secours ? » Elle a dit non. Il a répondu : « D’accord. Mais je reste avec toi jusqu’à ce que tu te sentes prête à les appeler. » Elle a fini par les appeler elle-même. Elle est vivante.

Le problème ? Les lignes d’écoute sont surchargées. En 2024, le temps d’attente moyen a dépassé 5 minutes - contre 2 minutes en 2022. Pour une personne en crise, 5 minutes, c’est une éternité. Et si la ligne est occupée ? Elle peut ne pas rappeler. Elle peut penser : « Personne ne m’entend. »

Les centres d’urgence psychologique, eux, sont rares. À Nantes, il n’y en a qu’un seul pour 500 000 habitants. À Marseille, 2 pour 900 000. Dans les zones rurales, il n’y en a pas. Et même quand on trouve une place, il faut souvent attendre des semaines pour un rendez-vous. En attendant, la souffrance ne s’arrête pas.

Un jeune réveillé à l’hôpital, tenu par la main par un accompagnant, la lumière du soleil couchant éclaire la pièce.

Les solutions qui fonctionnent - et celles qu’on ignore

La science le sait depuis longtemps : la prévention du suicide ne passe pas seulement par les crises. Elle passe par la prévention quotidienne. Par la connexion. Par l’écoute. Par la présence.

Une étude de l’Université de Bordeaux en 2024 a suivi 2 000 adolescents en situation de risque. Ceux qui avaient un adulte de confiance - un professeur, un coach, un voisin - voyaient leur risque de tentative de suicide réduit de 40 %. Pas de thérapie. Pas de médicament. Juste quelqu’un qui disait : « Je suis là. »

Les programmes scolaires qui enseignent la gestion des émotions réduisent les tentatives de suicide chez les jeunes de 22 %. Les politiques qui augmentent le salaire minimum réduisent les crises de 15 %. Les campagnes de sensibilisation qui parlent de la santé mentale comme d’une santé physique - pas comme d’une faiblesse - changent les mentalités.

Et pourtant, les budgets sont coupés. En 2025, le ministère de la Santé a réduit les financements aux centres de crise de 18 %. Les travailleurs sociaux partent. Les formations sont annulées. Les lignes d’écoute ferment les week-ends. Ce n’est pas une erreur. C’est un choix.

Que faire si vous ou quelqu’un que vous aimez êtes en crise ?

Voici ce qui marche vraiment - pas ce qu’on vous dit dans les brochures.

  1. Appelez le 3114 - même si vous pensez que c’est « pas grave ». Même si vous avez déjà appelé. Même si vous avez peur d’être jugé. Ce numéro existe pour vous, pas pour les autres.
  2. Ne laissez pas la personne seule - même si c’est votre enfant, votre partenaire, votre ami. Restez avec elle jusqu’à ce qu’un professionnel arrive. La solitude est le pire poison.
  3. Enlevez les médicaments - pas pour punir. Pour donner du temps. Pour briser le mécanisme automatique. Une surdose, c’est souvent un geste réflexe. Pas un plan.
  4. Ne dites pas « Ça va passer » - ça ne rassure pas. C’est une phrase vide. Dites plutôt : « Je ne sais pas comment aider, mais je suis là. »
  5. Ne promettez pas le silence - si la personne vous dit : « Ne dis rien à personne », dites : « Je ne peux pas promettre ça. Parce que je t’aime. »
Un groupe d’adolescents assis sous un arbre à la tombée de la nuit, tenant des grues de papier avec des messages de soutien.

Les ressources à garder sous la main

  • 3114 - Ligne nationale d’écoute psychologique, 24h/24, 7j/7. Gratuit. Anonyme. Disponible en français, anglais, arabe, espagnol.
  • Crisis Text Line France - Envoyez « SOS » au 74747. Réponse en moins d’une minute. Pour les jeunes, pour ceux qui préfèrent écrire.
  • Association France Suicide - Site : www.france-suicide.org. Liste des centres d’urgence par région. Accompagnement post-crise.
  • Les urgences psychiatriques - Dans chaque hôpital, il y a un service d’urgence psychiatrique. Pas besoin de rendez-vous. Juste d’aller là-bas. Même la nuit.
  • Les associations locales - À Nantes, l’association « Parole ouverte » propose des groupes de parole gratuits chaque soir. À Lyon, « L’Écoute du Soir » accueille les personnes en crise sans rendez-vous. Cherchez dans votre ville. Elles existent.

La vérité que personne ne veut dire

Une surdose intentionnelle n’est pas un échec de la personne. C’est un échec du système.

On attend que quelqu’un tombe dans le trou avant de mettre une corde. On laisse les jeunes souffrir en silence parce que « ce n’est que de la phase d’adolescence ». On coupe les financements parce que « ce n’est pas une priorité ». On parle de « prévention » mais on ne finance pas les travailleurs qui font le travail.

La baisse des décès par surdose en 2024 n’est pas un miracle. C’est le résultat de plusieurs années de travail, de financements, de formation, de présence. Et maintenant, on menace de tout détruire.

Vous n’avez pas besoin d’être un expert pour sauver une vie. Vous avez juste besoin d’être là. De ne pas ignorer. De ne pas minimiser. De ne pas dire « c’est pas grave ».

Parce qu’une personne qui tente une surdose ne veut pas mourir. Elle veut qu’on la voie. Et parfois, c’est tout ce qu’il faut pour qu’elle change d’avis.

Qu’est-ce que je dois faire si je pense à une surdose intentionnelle ?

Appelez immédiatement le 3114. Si vous ne pouvez pas parler, envoyez un SMS à Crisis Text Line (SOS au 74747). Ne restez pas seul. Dites à quelqu’un de confiance que vous avez besoin d’aide. Même si vous avez peur. Même si vous pensez que personne ne comprendra. Le fait que vous cherchiez de l’aide est déjà un signe de force.

Les médicaments prescrits sont-ils plus dangereux pour une surdose intentionnelle ?

Oui. Les médicaments comme les antidépresseurs, les benzodiazépines ou les opioïdes sont particulièrement dangereux en surdose, même en petites quantités. Leur effet est cumulatif et peut provoquer une dépression respiratoire rapide. Le paracétamol, souvent perçu comme « inoffensif », est responsable de la majorité des insuffisances hépatiques aiguës par intoxication volontaire. Aucun médicament n’est sûr en excès.

Pourquoi les jeunes sont-ils plus touchés ?

Les adolescents sont plus vulnérables parce qu’ils manquent souvent de repères, d’outils pour gérer la douleur émotionnelle, et d’accès à des soins adaptés. Leur cerveau est encore en développement, ce qui rend les impulsions plus fortes et la perspective à long terme plus difficile. De plus, la pression scolaire, les réseaux sociaux et le manque de soutien familial augmentent le risque. Ce n’est pas une « crise d’adolescence » - c’est une urgence de santé publique.

Comment aider quelqu’un qui a déjà tenté une surdose ?

Ne le jugez pas. Ne dites pas « Tu aurais dû penser à ta famille ». Ne dites pas « Tu as fait ça pour attirer l’attention ». Dites : « Je suis là. Je ne comprends pas tout, mais je veux apprendre. » Accompagnez-le vers un professionnel. Proposez de l’accompagner à son premier rendez-vous. Restez présent, même après la crise. La rechute est fréquente. Le soutien continu sauve des vies.

Les lignes d’écoute sont-elles vraiment efficaces ?

Oui. Des études montrent que 80 % des personnes qui appellent les lignes d’écoute en pleine crise ne tentent plus de suicide dans les 72 heures suivantes - surtout si l’écouteur reste avec elles jusqu’à ce qu’elles se sentent en sécurité. Ce n’est pas une solution à long terme, mais c’est un filet de sécurité. Et parfois, c’est ce qui empêche une tragédie.