Prendre des médicaments tous les jours, c’est normal… mais pas sans risques
Si vous avez une maladie chronique - diabète, hypertension, arthrite, asthme, ou autre - vous savez à quel point les médicaments sont devenus une partie intégrante de votre vie. Vous les prenez le matin, le midi, le soir. Parfois, plusieurs comprimés à la fois. Et vous le faites depuis des mois, des années, parfois des décennies. Mais combien d’entre vous ont vraiment vérifié si tout ce que vous prenez est encore nécessaire ? Si les doses sont toujours bonnes ? Si certains médicaments ne se combinent pas malheureusement ?
La sécurité des médicaments à long terme n’est pas un sujet de mode. C’est une question de survie. Selon les données du CDC, environ 125 000 décès par an aux États-Unis sont liés à une mauvaise prise de médicaments pour des maladies chroniques. Et ce n’est pas seulement une question de négligence. C’est aussi une question de système : trop de médicaments, trop de médecins, trop peu de coordination.
La polypharmacie : quand « plus » devient « dangereux »
Prendre cinq médicaments ou plus par jour, c’est ce qu’on appelle la polypharmacie. Ce n’est pas un mot compliqué : c’est une réalité pour 91 % des personnes âgées en établissement de soins. Et ça, c’est le problème. Chaque médicament ajouté augmente le risque d’effets secondaires, d’interactions dangereuses, de chutes, de confusion, voire de décès prématuré.
Un exemple concret : combiner de l’aspirine et du diclofénac, deux médicaments courants, peut endommager les reins ou provoquer des saignements gastriques. Pourtant, un patient peut les prendre sans le savoir - parce que l’un lui a été prescrit par son rhumatologue, l’autre par son généraliste, et personne n’a fait le point ensemble.
L’American Academy of Family Physicians recommande une règle simple : ne jamais prescrire un nouveau médicament sans réviser l’ensemble du traitement. Pas une fois. Pas seulement au début. À chaque rendez-vous. Parce que votre corps change. Vos reins ne filtrent plus comme avant. Votre foie ne métabolise plus la même façon. Ce qui était sûr à 50 ans peut devenir dangereux à 70.
Les 7 droits de la prise de médicaments - une check-list vitale
Les professionnels de santé utilisent une méthode éprouvée pour éviter les erreurs : les « 7 droits » de l’administration médicamenteuse. Même si vous n’êtes pas un infirmier, vous pouvez les appliquer à votre quotidien.
- Le bon patient : vous. Vérifiez que le nom sur la boîte est bien le vôtre. Pas celui de votre conjoint.
- Le bon médicament : la couleur, la forme, le nom. Si ça change d’un paquet à l’autre, demandez pourquoi.
- La bonne dose : un comprimé de 10 mg, pas de 20. Un spray deux fois par jour, pas quatre.
- Le bon moment : à jeun ? Avec les repas ? Le soir ? Les horaires comptent.
- La bonne voie : avalé, appliqué sur la peau, inhalé ? Ne confondez pas les formes.
- La bonne documentation : tenez une liste à jour de tout ce que vous prenez - y compris les vitamines, les plantes, les anti-inflammatoires en vente libre.
- La bonne réponse : avez-vous des nausées, des étourdissements, une fatigue inhabituelle ? Notez-le. Parlez-en à votre médecin.
La plupart des erreurs arrivent parce qu’on oublie le dernier point : observer ce que votre corps vous dit. Et ne pas l’ignorer.
La liste de vos médicaments : votre meilleur allié
Vous avez une liste ? Vraiment ? Pas juste sur un morceau de papier dans un tiroir. Une liste mise à jour, lisible, avec les noms exacts, les doses, les fréquences, et le motif de chaque médicament.
Par exemple :
- Atorvastatine 20 mg - 1 comprimé le soir - pour réduire le cholestérol
- Metformine 500 mg - 2 comprimés le matin et le soir - pour le diabète
- Losartan 50 mg - 1 comprimé le matin - pour la tension
- Ibuprofène 400 mg - 1 comprimé en cas de douleur articulaire - pas plus de 3 jours d’affilée
Et surtout : emportez cette liste à chaque rendez-vous. Même si vous pensez que le médecin « sait déjà ». Il ne sait pas. Les dossiers électroniques sont souvent incomplets. Les pharmacies ne communiquent pas toujours entre elles. Vous êtes la seule personne qui connaît vraiment votre traitement complet.
Utilisez une application ? C’est bien. Mais imprimez-la aussi. En cas d’urgence, les secours ne peuvent pas attendre que vous allumiez votre téléphone.
Les médicaments en vente libre : un piège invisible
Vous ne pensez pas à l’ibuprofène comme à un « médicament sérieux ». Pourtant, il peut interférer avec vos traitements pour la tension ou les reins. Le paracétamol, pris en excès, peut endommager le foie. Les remèdes à base de plantes - comme la mélatonine, le gingko biloba ou l’ail - peuvent bloquer l’effet de vos anticoagulants.
Beaucoup de patients prennent ces produits sans en parler à leur médecin. Ils pensent que « c’est naturel, donc sans risque ». Ce n’est pas vrai. Les interactions médicamenteuses ne font pas de distinction entre « prescription » et « vente libre ».
Voici une règle simple : si vous prenez un nouveau produit - même une gélule de vitamine D -, dites-le à votre médecin ou à votre pharmacien. Pas « peut-être ». Pas « si je me souviens ». Dites-le. Maintenant.
La révision médicamenteuse : un rendez-vous indispensable
Vous n’allez pas chez le médecin pour un contrôle annuel de la tension, mais vous oubliez de demander : « Est-ce que je dois encore prendre tout ça ? »
La révision médicamenteuse, c’est un moment où vous et votre médecin passez en revue chaque comprimé. Pourquoi il a été prescrit ? Est-ce que ça marche encore ? Est-ce que les effets secondaires valent le bénéfice ? Est-ce qu’on peut réduire, supprimer, remplacer ?
Une étude montre que les patients qui ont eu une révision complète de leurs médicaments ont vu leur risque d’hospitalisation baisser de 30 %. Et ce n’est pas magique : c’est du bon sens. Si vous prenez un médicament pour une douleur qui a disparu il y a deux ans, il ne sert à rien. Et il vous expose à un risque inutile.
Planifiez cette révision tous les 6 à 12 mois. Et si vous changez de médecin, demandez-le explicitement : « Pouvez-vous faire une révision complète de mes traitements ? »
La technologie, votre alliée, pas votre remplaçante
Les boîtes à pilules avec alarmes, les applications qui rappellent vos prises, les systèmes de délivrance automatisée - tout cela aide. Beaucoup. Des études montrent que l’utilisation de ces outils réduit les erreurs de prise de 55 % chez les personnes âgées.
Mais attention : la technologie ne remplace pas la vigilance. Une alarme ne vous dit pas si le médicament est toujours bon. Une app ne sait pas que vous avez arrêté de boire de l’alcool et que votre foie réagit différemment. Une boîte à pilules ne vous prévient pas qu’un nouveau médicament peut interagir avec votre traitement.
Utilisez ces outils. Mais continuez à lire les notices. À poser des questions. À vérifier les dates de péremption. À garder votre liste à jour. La technologie vous soutient. Vous êtes toujours le chef d’orchestre.
La clé : être acteur, pas spectateur
Le plus grand danger dans la prise de médicaments à long terme, ce n’est pas le médicament lui-même. C’est la passivité. Croire que « c’est au médecin de gérer ». Que « les pharmaciens savent ». Que « tout va bien tant que je n’ai pas de douleur ».
La sécurité médicamenteuse, c’est une responsabilité partagée. Mais vous êtes la pièce centrale. Votre corps, vos habitudes, vos questions, vos observations - tout cela compte.
Voici trois actions concrètes à faire dès cette semaine :
- Sortez votre liste de médicaments. Mettez-y tout - même les vitamines et les tisanes.
- Prenez-la avec vous à votre prochain rendez-vous. Dites : « Je voudrais qu’on regarde ensemble si je dois encore prendre tout ça. »
- Notifiez votre pharmacien si vous avez un nouveau symptôme - même si vous pensez que ce n’est pas lié.
Il n’y a pas de « trop prudent » quand il s’agit de votre santé à long terme. Ce que vous faites aujourd’hui, c’est ce qui vous permettra de rester en forme demain.
Que faire si je ne me souviens pas de tous mes médicaments ?
Ne vous inquiétez pas, c’est très courant. Apportez toutes vos boîtes de médicaments à votre médecin ou à votre pharmacien. Ils peuvent identifier chaque produit par son nom, sa forme et sa dose. Vous pouvez aussi prendre une photo de chaque boîte avec votre téléphone. Cela vous aidera à faire une liste précise, même si vous oubliez les noms.
Est-ce que je peux arrêter un médicament si je me sens mieux ?
Non, sans avis médical. Beaucoup de médicaments pour les maladies chroniques ne font pas disparaître les symptômes - ils empêchent la maladie d’empirer. Par exemple, si vous arrêtez votre traitement contre l’hypertension parce que vous n’avez plus de maux de tête, votre tension peut monter sans que vous vous en rendiez compte, endommageant vos reins ou votre cœur. Toujours consulter avant d’arrêter.
Pourquoi les personnes âgées sont-elles plus à risque ?
Le corps change avec l’âge : les reins et le foie filtrent moins bien les médicaments, ce qui fait que les doses habituelles peuvent devenir toxiques. La mémoire peut aussi être moins fiable, et les mains moins agiles pour ouvrir les flacons. De plus, les personnes âgées prennent souvent plusieurs spécialistes, ce qui augmente le risque de prescriptions redondantes ou conflictuelles.
Les médicaments génériques sont-ils aussi sûrs ?
Oui, les génériques sont rigoureusement testés pour être équivalents aux médicaments d’origine en termes de dose, d’efficacité et de sécurité. La seule différence est le nom, la forme ou le colorant. Ils sont souvent moins chers, ce qui peut améliorer votre capacité à les prendre régulièrement. Mais vérifiez toujours que le générique est bien celui prescrit, surtout si vous avez des allergies ou des sensibilités spécifiques.
Comment savoir si un médicament cause des effets secondaires ?
Tout changement inexpliqué peut être un signe : fatigue inhabituelle, étourdissements, nausées, confusion, chute, peau sèche, perte d’appétit, changement d’humeur. Notez quand ils commencent et s’ils sont liés à un nouveau médicament. Parlez-en à votre médecin ou pharmacien. Même un effet « léger » mérite d’être signalé - il peut être le premier signe d’un problème plus grave.
Que faire si je rate une prise ?
Cela dépend du médicament. Pour certains, comme les antibiotiques ou les anticoagulants, il faut agir vite. Pour d’autres, comme les traitements de l’hypertension, une seule dose manquée n’est pas critique. La règle générale : ne prenez jamais un double comprimé pour rattraper. Consultez la notice ou appelez votre pharmacien. Il peut vous dire exactement quoi faire selon le médicament.
Comment réduire le coût des médicaments sans compromettre la sécurité ?
Demandez à votre médecin si un générique est possible. Vérifiez si vous éligible à des aides financières (comme la CMU en France). Évitez d’acheter en gros sans avis médical - les stocks périmés sont dangereux. Et n’hésitez pas à demander à votre pharmacien : « Y a-t-il une alternative moins chère qui fonctionne aussi bien ? » Souvent, oui.
Charles Goyer
janvier 8 2026
J'ai arrêté trois médicaments l'année dernière après avoir demandé une révision. Résultat ? Moins de fatigue, plus d'énergie. Personne ne m'a dit que je pouvais le faire. Et pourtant, c'était simple.