Sclérose latérale amyotrophique : dégénérescence progressive et riluzole

Florent Delcourt

17 mars 2026

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La sclérose latérale amyotrophique (SLA), aussi appelée maladie de Lou Gehrig, est une maladie neurodégénérative mortelle qui détruit progressivement les neurones moteurs du cerveau et de la moelle épinière. Ces cellules nerveuses contrôlent les muscles volontaires - ceux que vous utilisez pour marcher, parler, avaler ou respirer. Quand elles meurent, les muscles s’affaiblissent, se paralysent, puis atrophient. Il n’existe pas de guérison. La plupart des personnes atteintes vivent entre 3 et 5 ans après le diagnostic. Mais il existe un traitement : le riluzole.

Comment le riluzole agit-il sur la SLA ?

Le riluzole n’arrête pas la SLA. Il ne la guérit pas. Mais il ralentit légèrement sa progression. C’est la première et pendant longtemps la seule molécule approuvée pour cela. Approuvé aux États-Unis en 1995 et en Europe en 1996, il a ouvert la voie à des décennies de recherche. Son mécanisme d’action n’est pas encore totalement compris, mais on sait qu’il agit sur le glutamate, un neurotransmetteur essentiel dans le cerveau.

À trop forte concentration, le glutamate devient toxique pour les neurones. C’est ce qu’on appelle l’excitotoxicité. Dans la SLA, les neurones moteurs sont bombardés par un excès de glutamate, ce qui les tue progressivement. Le riluzole réduit cette surcharge. Il bloque la libération de glutamate par les terminaisons nerveuses, diminue son effet sur les récepteurs postsynaptiques, et inhibe les canaux sodiques qui amplifient la transmission nerveuse. En clair, il calme l’activité excessive qui détruit les neurones.

Il ne s’agit pas d’un traitement miracle. Les essais cliniques montrent qu’il prolonge la survie de 2 à 3 mois en moyenne. Ce n’est pas beaucoup, mais dans une maladie où tout est perdu, chaque semaine compte. Certains patients disent avoir eu « plus de temps avec leur famille ». C’est souvent ce qui motive leur décision de le prendre, malgré les effets secondaires.

Formes et posologie du riluzole

Le riluzole est disponible en trois formes : comprimés, suspension orale et film oral. La forme la plus courante est le comprimé de 50 mg, vendu sous le nom de Rilutek. La posologie standard est de 100 mg par jour, soit deux comprimés de 50 mg, pris le matin et le soir.

Le corps absorbe environ 60 % du médicament par voie orale. La concentration maximale dans le sang est atteinte en 1 à 1,5 heure. Mais son effet dure 7 à 15 heures, ce qui explique pourquoi il faut le prendre deux fois par jour. Si vous oubliez une dose, ne doublez pas la suivante. Continuez simplement votre schéma habituel.

Des formulations plus récentes ont été développées pour améliorer le confort. Le film oral (Exservan) se dissout sur la langue, sans eau. Il est plus facile à avaler pour les patients qui ont des difficultés à déglutir. Une étude a montré qu’il provoque 30 % moins de nausées que les comprimés. La suspension (Tiglutik) est aussi utile pour ceux qui ne peuvent pas avaler des comprimés.

Deux comprimés de riluzole posés sur une table avec un verre d'eau et un calendrier marqué de tests sanguins.

Effets secondaires et surveillance médicale

Le riluzole n’est pas sans risques. Les effets secondaires les plus fréquents sont digestifs : nausées (25 % des patients), diarrhée (15 %), fatigue (20 %). Ces symptômes sont souvent les plus forts au début du traitement, puis s’atténuent après quelques semaines. Prendre le médicament avec un repas peut réduire les troubles gastriques.

Le plus sérieux risque est hépatique. Le riluzole peut augmenter les enzymes du foie. Dans 12 % des cas, ces taux dépassent trois fois la normale. C’est pourquoi des analyses de sang sont obligatoires avant de commencer, puis chaque mois pendant les trois premiers mois, et ensuite régulièrement. Si les enzymes dépassent 5 fois la norme, le traitement est arrêté. Certains patients doivent cesser le riluzole pour cette raison - ce qui est une décision douloureuse, car ils perdent ce peu de temps supplémentaire qu’il leur offrait.

Des interactions médicamenteuses existent aussi. La caféine réduit l’élimination du riluzole, ce qui augmente son effet. Inversement, la théophylline (utilisée pour l’asthme) augmente sa concentration dans le sang. Les patients prenant ces médicaments doivent être surveillés de près.

Le riluzole est contre-indiqué chez les patients ayant une insuffisance hépatique modérée à sévère (Classe B ou C de Child-Pugh). Chez eux, la concentration du médicament peut exploser, avec un risque de toxicité grave. En revanche, une insuffisance rénale ne nécessite pas d’ajustement de dose.

La réalité des études : bénéfice réel ou illusion ?

Les essais cliniques de l’époque ont montré une réduction de 35 à 39 % du risque de décès ou de trachéotomie après 18 mois. Mais dans la vie réelle, les résultats sont moins clairs. Sur 15 études observant des patients traités par riluzole, huit ont trouvé un allongement de la survie de 6 à 19 mois, tandis que sept n’ont observé aucun bénéfice significatif.

Pourquoi cette divergence ? Parce que la SLA est extrêmement variable. Certains patients progressent lentement, d’autres très vite. Les études contrôlées incluent des populations homogènes. La vie réelle, elle, inclut des personnes âgées, avec d’autres maladies, qui prennent d’autres médicaments. Le riluzole n’a pas le même impact sur tout le monde.

Comparé à edaravone, un autre traitement approuvé en 2017, le riluzole n’a pas montré de bénéfice sur la fonction motrice, mais il a prouvé qu’il prolonge la vie. Edaravone, lui, ralentit la perte de capacités sur 24 semaines, mais n’a pas prouvé qu’il augmentait la survie. Aucun des deux ne guérit. Mais ensemble, ils offrent deux voies différentes pour ralentir la maladie.

Un arbre aux racines neuronales, ses feuilles représentant des mois gagnés, des mains tendues vers elles.

Le riluzole aujourd’hui : un pilier, mais pas le seul

En 2023, le riluzole reste le traitement le plus prescrit dans le monde. 80 à 85 % des nouveaux patients en France, aux États-Unis ou au Canada le prennent. Mais la donne change. En avril 2023, la FDA a approuvé tofersen, un traitement génétique ciblé pour les patients ayant une mutation du gène SOD1 - environ 2 % des cas de SLA. Ce traitement n’est pas pour tout le monde, mais il marque un tournant : la médecine commence à cibler les causes génétiques, et non plus seulement les symptômes.

Des recherches en cours explorent le riluzole en combinaison avec d’autres molécules, comme le phénylbutyrate de sodium. Les premiers résultats pourraient arriver en 2024. Peut-être qu’un jour, le riluzole ne sera plus utilisé seul, mais comme partie d’un cocktail thérapeutique.

Malgré les avancées, il reste un pilier. Son prix est bas - environ 200 euros par mois en Europe - alors que les nouveaux traitements coûtent plus de 500 000 dollars par an. Dans les pays à revenus faibles, seulement 15 à 20 % des patients y ont accès. Le riluzole, malgré ses limites, reste le seul traitement abordable et disponible pour la majorité des patients dans le monde.

Le point de vue des patients

Sur les forums de patients, les réactions sont mitigées. Certains disent : « J’ai pu assister au mariage de ma fille grâce au riluzole. » D’autres : « J’ai dû arrêter parce que mon foie était en détresse. » Une étude de l’ALS Therapy Development Institute a montré que 62 % des patients continuent malgré les effets secondaires. Pour eux, le bénéfice - même minime - vaut la peine.

Un patient sur Reddit a écrit : « J’ai eu des nausées pendant trois mois. Maintenant, elles sont gérables. Mon neurologue dit que ma progression est plus lente que la moyenne. Je ne peux pas prouver que c’est grâce au riluzole. Mais je prends n’importe quelle chance pour avoir plus de temps. »

C’est peut-être là la vraie valeur du riluzole : il donne un peu d’espoir. Pas une guérison. Pas une solution. Mais une possibilité. Une chance. Et dans la SLA, c’est déjà beaucoup.

Le riluzole peut-il guérir la sclérose latérale amyotrophique ?

Non, le riluzole ne guérit pas la sclérose latérale amyotrophique (SLA). Il ne stoppe pas la mort des neurones moteurs. Son rôle est de ralentir légèrement la progression de la maladie, en réduisant l’excitotoxicité du glutamate. Les essais cliniques montrent qu’il prolonge la survie de 2 à 3 mois en moyenne, mais il n’arrête pas la paralysie ni ne restaure les fonctions perdues.

Pourquoi le riluzole doit-il être pris deux fois par jour ?

Le riluzole a une demi-vie de 7 à 15 heures, ce qui signifie que la moitié du médicament est éliminée du corps dans ce laps de temps. Pour maintenir une concentration suffisante dans le sang et assurer un effet continu, il faut le prendre deux fois par jour. Une prise unique ne suffit pas à couvrir les 24 heures.

Le riluzole est-il efficace pour tous les patients atteints de SLA ?

Non. L’efficacité varie d’un patient à l’autre. Certains voient une nette ralentissement de la progression, d’autres ne remarquent aucun changement. Cela dépend de la forme de la SLA, de l’âge, de l’état général de santé, et de la rapidité de progression initiale. Les études montrent que 10 à 15 % des patients arrêtent le traitement à cause des effets secondaires, ce qui souligne que ce n’est pas une solution universelle.

Quels sont les risques pour le foie liés au riluzole ?

Le riluzole peut provoquer une élévation des enzymes hépatiques, ce qui peut indiquer une lésion du foie. Dans environ 12 % des cas, ces taux dépassent trois fois la normale. C’est pourquoi des analyses de sang sont obligatoires avant le début du traitement, puis chaque mois pendant les trois premiers mois. Si les enzymes dépassent cinq fois la norme, le traitement est arrêté immédiatement. Les patients ayant déjà un foie endommagé ne doivent pas le prendre.

Pourquoi certains patients arrêtent-ils le riluzole ?

Les deux raisons principales sont les effets secondaires et la perte d’espoir. Les nausées, la diarrhée et la fatigue peuvent être si intenses qu’ils rendent la qualité de vie plus basse que la maladie elle-même. D’autres arrêtent parce qu’ils ne voient aucun bénéfice concret après plusieurs mois. Environ 8 % des patients arrêtent à cause des effets secondaires, et 53 % cessent le traitement après deux ans, selon les registres de patients.