Rémision de l'arthrite rhumatoïde : les stratégies treat-to-target qui fonctionnent vraiment

Florent Delcourt

24 janv. 2026

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Vous avez l’arthrite rhumatoïde. Vous avez essayé plusieurs traitements. Vous vous sentez fatigué, vos articulations doublent de douleur, et vous avez l’impression que rien ne change vraiment. Et pourtant, il existe une approche éprouvée qui permet à plus de la moitié des patients de parvenir à une rémision - pas seulement une amélioration, mais une véritable disparition des signes de la maladie. C’est ce qu’on appelle la stratégie treat-to-target (T2T). Pas une mode, pas un mot à la mode : une méthode scientifique, structurée, et qui change la vie.

Qu’est-ce que la rémission en arthrite rhumatoïde ?

La rémission, ce n’est pas « se sentir mieux ». C’est une définition médicale précise. Dans l’arthrite rhumatoïde, elle signifie que l’inflammation est quasiment éteinte. Pas de gonflement des articulations, pas de douleur matinale persistante, pas de marqueurs sanguins élevés comme la CRP ou la vitesse de sédimentation. Pour les médecins, c’est un DAS28 inférieur à 2,6. Un chiffre. Pas une impression. Et ce chiffre, on le mesure. À chaque rendez-vous.

Avant la stratégie T2T, les médecins ajustaient les traitements en se basant sur ce qu’ils voyaient ou ce que le patient disait. Parfois, un patient attendait des mois avant qu’on ne change son traitement. Pendant ce temps, l’inflammation continuait à détruire les articulations, silencieusement. La rémission ? Un rêve lointain. Aujourd’hui, elle devient une possibilité réelle - et mesurable.

Comment fonctionne la stratégie treat-to-target ?

La T2T, c’est comme un GPS pour votre traitement. Vous avez une destination : la rémission. Et chaque mois, vous vérifiez où vous en êtes. Si vous n’allez pas dans la bonne direction, vous changez de route - rapidement.

Voici comment ça marche en pratique :

  1. On mesure votre activité de la maladie à chaque visite, avec un outil standardisé : le DAS28 (score sur 28 articulations), ou parfois le CDAI ou le SDAI.
  2. On fixe un objectif : rémission (DAS28 < 2,6) ou activité faible (DAS28 entre 2,6 et 3,2).
  3. Si après 3 mois, vous n’avez pas atteint l’objectif, on change de traitement - pas dans 6 mois, pas « on voit plus tard ». On agit.
  4. On commence souvent par le méthotrexate (10 à 25 mg/semaine). Si ça ne suffit pas, on ajoute d’autres DMARDs conventionnels (sulfasalazine, hydroxychloroquine) en combinaison.
  5. Si toujours pas de résultat, on passe aux biothérapies : inhibiteurs de TNF (adalimumab, etanercept), inhibiteurs d’IL-6 (tocilizumab), ou les JAK-inhibiteurs (tofacitinib, baricitinib).

Ce n’est pas un « essai-erreur » sans fin. C’est un plan. Avec des étapes. Et des délais.

Les preuves : ça marche vraiment

Les études ne mentent pas. Dans le essai DREAM, sur 389 patients suivis pendant un an, 58,1 % ont atteint la rémission. Dans l’étude BeSt, 61 % des patients en rémission après deux ans avec T2T - contre 37 % avec la prise en charge habituelle. Dans TICORA, les patients en rémission étaient deux fois plus nombreux avec T2T que sans.

Et ce n’est pas seulement un chiffre. Ces patients bougent mieux. Ils travaillent plus. Ils dorment mieux. Leur qualité de vie augmente. Et les dégâts articulaires, eux, ralentissent - voire s’arrêtent.

Les données sont claires : si vous avez l’arthrite rhumatoïde depuis moins d’un an, vos chances de rémission avec T2T sont de 60 % à 65 %. Même dans les formes plus anciennes, la stratégie améliore nettement les résultats : 65 % des patients atteignent une activité faible, contre 52 % en soins classiques.

Médecin et patient observant un graphique de progrès qui passe du rouge au vert, symbolisant la rémission de l&#039;arthrite.

Le vrai problème : pourquoi ça ne marche pas partout ?

On pourrait penser que tout le monde utilise T2T aujourd’hui. Ce n’est pas le cas.

Une étude de 2022 a montré que seulement 40,8 % des rhumatologues et de leurs patients étaient d’accord sur un objectif de traitement. Dans certains cabinets, on mesure le DAS28 une fois par an. Dans d’autres, on le fait tous les deux mois. Le résultat ? Une inégalité énorme dans les résultats.

Les patients le ressentent. Sur les forums, on lit : « Mon médecin dit qu’il utilise T2T, mais il ne vérifie que ma CRP une fois par an. » Ou encore : « J’ai tout fait, j’ai pris les médicaments, je suis venu aux rendez-vous… et je n’ai jamais atteint la rémission. J’ai l’impression d’avoir échoué. »

Le problème n’est pas la science. Le problème, c’est la mise en œuvre. Les médecins manquent de temps, de formation, de systèmes informatiques pour calculer automatiquement les scores. Les patients, eux, ont peur des effets secondaires, ou ne comprennent pas pourquoi ils doivent revenir si souvent.

Comment faire pour que ça marche pour vous ?

Si vous voulez que la T2T fonctionne pour vous, voici ce qu’il faut faire :

  • Demandez à votre rhumatologue : « Quel est mon objectif de traitement ? » S’il ne répond pas clairement, c’est un signal.
  • Exigez que votre activité de la maladie soit mesurée à chaque rendez-vous, avec un score standardisé (DAS28, CDAI).
  • Comprenez que si après 3 mois, vous n’avez pas progressé, le traitement doit changer. Ce n’est pas un échec. C’est la règle du jeu.
  • Utilisez les outils : l’application « Treat to Target » de l’ACR est gratuite, disponible en français, et vous permet de suivre vos scores entre les visites.
  • Parlez à votre infirmière ou à votre pharmacien. Dans les centres modernes, ce sont eux qui préparent les mesures, et qui rappellent les patients. Vous n’êtes pas seul.

La T2T ne fonctionne pas sans vous. Mais elle ne fonctionne pas non plus sans un médecin qui la pratique sérieusement.

Groupe de patients dans un parc, avec des auréoles colorées aux articulations, vivant des moments de joie et de liberté.

Et si je n’atteins pas la rémission ?

La vérité, c’est que tout le monde ne peut pas atteindre la rémission. Pas à cause d’un manque de volonté, mais parce que la maladie est complexe. Certains patients ont des formes plus agressives. D’autres ont des comorbidités. D’autres encore, des réactions aux médicaments.

Et c’est là que la T2T devient encore plus intelligente. Les dernières recommandations européennes (2022) disent clairement : si la rémission n’est pas possible, l’objectif devient une activité faible - et surtout, une qualité de vie acceptable. Votre objectif n’est pas de « guérir ». C’est de vivre bien.

Un patient de 68 ans, avec 15 ans d’arthrite, n’a pas besoin de DAS28 à 2,4. Il a besoin de pouvoir monter les escaliers sans douleur, de jouer avec ses petits-enfants, de ne pas passer sa journée à se demander si ses articulations vont le trahir. La T2T, c’est aussi ça : adapter le but à la personne.

Le futur : vers une T2T personnalisée

Demain, la T2T ne sera plus seulement basée sur les scores d’articulations et les taux de CRP. Des essais comme DART testent déjà des applications mobiles qui suivent en continu la mobilité, la douleur, la fatigue - grâce à des capteurs sur les smartphones ou les montres intelligentes.

Et bientôt, on pourra analyser votre ADN, vos marqueurs biologiques, votre microbiote… pour prédire quel médicament fonctionnera le mieux pour vous, avant même de le prescrire. L’idée ? Ne plus « essayer » des traitements au hasard, mais les choisir avec précision.

Le Dr Iain McInnes, président de l’EULAR, l’a dit en 2023 : « Dans cinq ans, la T2T sera guidée par les données moléculaires. » Ce n’est pas de la science-fiction. C’est en train de se construire.

Conclusion : la rémission est possible - mais elle demande de l’engagement

La rémission en arthrite rhumatoïde n’est plus une exception. Elle est devenue une possibilité tangible - grâce à la stratégie treat-to-target. Mais elle ne tombe pas du ciel. Elle demande de la rigueur : des mesures régulières, des décisions rapides, et une communication claire entre vous et votre équipe médicale.

Si vous avez l’arthrite rhumatoïde, ne vous contentez pas de « gérer » la douleur. Demandez un objectif. Demandez un plan. Demandez à être suivi comme un patient qui mérite de vivre bien.

Parce que la rémission, ce n’est pas un miracle. C’est un résultat. Et vous méritez d’en faire partie.

Qu’est-ce que la rémission en arthrite rhumatoïde ?

La rémission en arthrite rhumatoïde signifie que l’inflammation est quasiment absente : pas de douleur articulaire persistante, pas de gonflement, et des marqueurs sanguins normaux. Cela se mesure objectivement avec un score comme le DAS28, qui doit être inférieur à 2,6. Ce n’est pas une sensation, c’est un diagnostic.

Qu’est-ce que la stratégie treat-to-target (T2T) ?

La T2T est une approche structurée où le traitement est ajusté régulièrement pour atteindre un objectif prédéfini - généralement la rémission ou une activité faible de la maladie. Les ajustements se font tous les 1 à 3 mois si l’objectif n’est pas atteint, avec des protocoles clairs pour passer d’un traitement à un autre.

Quels sont les outils utilisés pour mesurer l’activité de la maladie ?

Les principaux outils sont le DAS28 (score basé sur 28 articulations, CRP, et évaluation du patient), le CDAI (Clinical Disease Activity Index) et le SDAI (Simplified Disease Activity Index). Le DAS28 est le plus utilisé en pratique courante. Il est rapide, validé, et reconnu par les recommandations européennes.

Combien de temps faut-il pour atteindre la rémission avec T2T ?

Dans les études, la moitié des patients atteignent la rémission entre 6 et 12 mois. Dans les cas les plus favorables - formes précoces, traitement rapide - certains y parviennent en 3 à 4 mois. Le temps dépend de la sévérité initiale, de la réponse aux médicaments, et de la régularité des suivis.

Pourquoi certains patients ne parviennent-ils pas à la rémission ?

Plusieurs raisons : la maladie est plus agressive chez certains, les effets secondaires empêchent de maintenir les traitements, ou les objectifs ne sont pas bien fixés. Parfois, la T2T n’est pas bien mise en œuvre - des mesures irrégulières ou des retards dans les ajustements. Mais ce n’est pas une faute personnelle. C’est un défi médical, pas une faiblesse.

La T2T est-elle adaptée aux personnes âgées ou aux patients avec d’autres maladies ?

Oui, mais les objectifs doivent être ajustés. Pour une personne âgée avec plusieurs maladies chroniques, la rémission stricte n’est pas toujours réaliste. L’objectif devient alors une activité faible, avec un focus sur la préservation de l’autonomie et la qualité de vie. La T2T est flexible - elle s’adapte à la personne, pas l’inverse.

Où puis-je trouver des outils pour suivre ma T2T ?

L’application « Treat to Target » de l’American College of Rheumatology est gratuite et disponible en français. Le site www.t2t-rheuma.org propose des guides pratiques, des outils de calcul du DAS28, et des ressources pour patients et médecins. Votre rhumatologue peut aussi vous fournir des fiches imprimées ou un carnet de suivi.