Hyperkaliémie dangereuse due aux médicaments : risques cardiaques et traitements

Florent Delcourt

3 janv. 2026

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L’hyperkaliémie, c’est quand le potassium dans votre sang monte trop haut - au-delà de 5,5 mmol/L. À ce niveau, votre cœur commence à jouer avec le feu. Et ce n’est pas une situation rare. Des millions de personnes prennent des médicaments pour leur pression artérielle, leur insuffisance cardiaque ou leurs reins, et ces traitements, pourtant vitaux, peuvent faire grimper le potassium à des niveaux dangereux. Ce n’est pas une erreur de laboratoire. C’est un effet secondaire connu, sous-estimé, et parfois mortel.

Comment un médicament peut vous tuer par le potassium

Les médicaments les plus à risque sont les inhibiteurs du système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) : les IECA comme le lisinopril, les ARAII comme le losartan, et les antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes comme la spironolactone. Ils protègent le cœur et les reins - c’est indéniable. Mais en bloquant une voie qui élimine le potassium, ils le font s’accumuler. Et quand vous ajoutez à cela un antibiotique comme le co-trimoxazole, ou une insuffisance rénale, le risque explose. Une étude a montré que combiner la spironolactone avec un IECA et du co-trimoxazole multiplie par 5,5 le risque de mort subite.

Le problème, c’est que vous ne ressentez rien au début. Pas de douleur. Pas de symptômes évidents. Juste une fatigue légère, une sensation de malaise. Pourtant, votre cœur, lui, sait. À partir de 5,5 mmol/L, les signes apparaissent sur l’électrocardiogramme : des pointes de T, des intervalles PR allongés. À 6,5 mmol/L, le QRS s’élargit. À 7,5 mmol/L, vous entrez dans le motif « onde sinusoïdale » - un prélude à la fibrillation ventriculaire. Et là, vous n’avez plus que quelques minutes pour agir.

Les signes que vous ne voyez pas (mais que votre cœur voit)

Beaucoup de patients ne savent pas qu’ils ont une hyperkaliémie. Parce qu’elle ne cause pas de symptômes évidents. Ou parce que les symptômes sont confondus avec d’autres choses : une mauvaise nuit, une grippe, une fatigue liée à l’âge. Pourtant, les données sont claires : 10 à 20 % des patients sous SRAA développent une hyperkaliémie. Chez les personnes âgées de plus de 65 ans, avec un diabète ou une maladie rénale, ce chiffre peut atteindre 50 %. Et pourtant, seulement 15 à 20 % reçoivent un conseil diététique. La plupart ne savent pas qu’ils doivent éviter les bananes, les épinards, les tomates séchées, les légumineuses, ou les substituts de sel.

Le vrai danger, c’est qu’on arrête les médicaments à cause de l’hyperkaliémie. On pense qu’on a fait le bon choix : on supprime la cause. Mais en arrêtant un IECA ou une spironolactone, on perd la protection cardiaque. Et les études montrent que les patients qui arrêtent ces traitements ont un risque plus élevé de décès cardiaque à long terme. Il ne s’agit pas de choisir entre la sécurité et la survie. Il s’agit de trouver un équilibre.

Infirmière administre du calcium en urgence, lumière dorée protégeant le cœur du patient, style manga shoujo.

Que faire en cas d’hyperkaliémie aiguë ?

Si votre potassium dépasse 6,5 mmol/L, ou si vous avez des modifications de l’ECG, c’est une urgence. Pas une consultation de routine. Vous avez besoin de traitement immédiat.

Le premier geste : du calcium. Du gluconate de calcium, par voie intraveineuse. Ce n’est pas un traitement qui fait baisser le potassium. C’est un bouclier. Il stabilise la membrane des cellules cardiaques. En deux à trois minutes, il réduit le risque d’arythmie mortelle. C’est la première priorité. Et c’est tout ce que vous avez besoin de savoir en urgence.

Ensuite, on pousse le potassium à l’intérieur des cellules. Pour cela, on utilise de l’insuline avec du glucose : 10 unités d’insuline + 25 grammes de glucose. Cela fait descendre le potassium de 0,5 à 1,5 mmol/L en moins de 30 minutes. On peut aussi donner du salbutamol en nébulisation : 50 à 100 mcg. Cela aide aussi, rapidement.

Le troisième étage : éliminer le potassium. Les diurétiques comme la furosémide peuvent aider, surtout si vous n’êtes pas en insuffisance rénale avancée. Mais dans les cas sévères, on a besoin de quelque chose de plus puissant : les liants de potassium.

Les nouveaux traitements qui changent tout

Avant 2015, on n’avait pas grand-chose pour traiter l’hyperkaliémie chronique sans arrêter les médicaments. Maintenant, on a deux options : le patiromer (Veltassa) et le zirconium cyclosilicate sodique (Lokelma). Ce sont des médicaments que vous prenez par voie orale. Ils attrapent le potassium dans l’intestin et l’éliminent avec les selles. Ils font descendre le potassium de 0,4 à 1,0 mmol/L en quelques heures.

Et ce qui est révolutionnaire, c’est qu’ils permettent de garder les médicaments cardiaques. Une étude montre que 86 % des patients qui prenaient du patiromer ont pu continuer leur traitement SRAA à dose maximale. Sans ça, seulement 66 % y arrivaient. C’est une différence énorme. Et ça change la donne. On ne parle plus de « arrêter le médicament » - on parle de « gérer l’hyperkaliémie ».

Les effets secondaires ? Des troubles digestifs : constipation chez 15 à 20 % des patients, diarrhée chez 10 à 15 %. Ce n’est pas négligeable, mais c’est bien mieux qu’une mort subite.

Femme dans une cuisine avec aliments à risque et un médicament magique qui protège son cœur, style manga shoujo.

Comment éviter l’hyperkaliémie avant qu’elle ne survienne

La meilleure façon de traiter l’hyperkaliémie, c’est de ne pas la laisser arriver.

  • Surveillez votre potassium régulièrement : toutes les 1 à 4 semaines après un changement de traitement, puis tous les 3 mois si tout est stable.
  • Évitez les suppléments de potassium. Même ceux que vous achetez en pharmacie sans ordonnance.
  • Limitez les aliments riches en potassium : bananes, patates, avocats, légumes secs, jus d’orange, tomates séchées. Le but : ne pas dépasser 2 000 à 3 000 mg par jour.
  • Ne mélangez pas les médicaments à risque sans avis médical. La combinaison spironolactone + IECA + co-trimoxazole est un piège mortel.
  • Restez hydraté. La déshydratation augmente le risque.

Si vous avez une maladie rénale ou du diabète, votre médecin doit vous parler de ces risques avant même de vous prescrire un IECA. Si ce n’est pas le cas, demandez-le. C’est votre droit.

Le futur de la gestion de l’hyperkaliémie

Les lignes directrices de la National Kidney Foundation, mises à jour en 2023, recommandent désormais les liants de potassium comme traitement de première intention pour les patients qui doivent garder leurs médicaments SRAA. Ce n’est plus un dernier recours. C’est la norme.

Les chercheurs travaillent déjà sur de nouveaux liants plus efficaces, avec moins d’effets digestifs. Et les études prévoient qu’avec une adoption généralisée, on pourrait réduire de 20 à 25 % le nombre de décès cardiaques chez les patients à risque.

Le message est simple : l’hyperkaliémie n’est plus une complication inévitable. C’est une condition gérable. Et avec les bons outils, vous pouvez garder votre traitement cardiaque - sans risquer votre cœur.

Quels sont les signes d’une hyperkaliémie dangereuse ?

Les signes ne sont souvent pas visibles au début. Mais sur un électrocardiogramme, on voit des pointes de T, un allongement de l’intervalle PR, puis un élargissement du complexe QRS. À des niveaux très élevés (au-delà de 7 mmol/L), on observe un motif « onde sinusoïdale », qui précède une fibrillation ventriculaire. Cliniquement, vous pouvez ressentir une fatigue intense, des palpitations, ou une faiblesse musculaire. Mais beaucoup de patients n’ont aucun symptôme - c’est pourquoi le suivi biologique est essentiel.

Pourquoi les médicaments pour la pression artérielle peuvent-ils causer une hyperkaliémie ?

Les médicaments comme les IECA, les ARAII et la spironolactone bloquent le système rénine-angiotensine-aldostérone. Ce système aide les reins à éliminer le potassium. Quand il est inhibé, le potassium s’accumule dans le sang. C’est un effet secondaire connu, mais souvent sous-estimé. Ce n’est pas une erreur : c’est une conséquence mécanique du traitement. Et c’est pourquoi il faut surveiller le potassium chez les patients qui les prennent.

Le calcium gluconate fait-il baisser le potassium ?

Non. Le calcium gluconate ne réduit pas le taux de potassium dans le sang. Il agit comme un bouclier sur le cœur. Il stabilise la membrane des cellules cardiaques, ce qui empêche les arythmies mortelles. Il agit en 2 à 3 minutes, mais son effet dure seulement 30 à 60 minutes. C’est pourquoi il est suivi par d’autres traitements - comme l’insuline ou les liants de potassium - qui font vraiment baisser le potassium.

Puis-je arrêter mes médicaments si j’ai une hyperkaliémie légère ?

Ce n’est pas toujours la meilleure solution. Jusqu’à récemment, les médecins arrêtaient souvent les traitements SRAA à la moindre élévation du potassium. Mais les études montrent que cela augmente le risque de décès cardiaque à long terme. Aujourd’hui, on préfère utiliser des liants de potassium comme le patiromer ou le Lokelma pour garder le traitement actif, tout en contrôlant le potassium. C’est une approche plus sûre et plus efficace.

Quels aliments dois-je éviter pour réduire mon potassium ?

Évitez les aliments très riches en potassium : bananes, avocats, patates, tomates séchées, légumineuses (lentilles, haricots), épinards, melons, jus d’orange, et les substituts de sel (qui contiennent souvent du chlorure de potassium). Privilégiez les aliments à faible teneur en potassium : pommes, poires, chou-fleur, courgettes, riz blanc, pâtes, blancs d’œufs. Un diététicien peut vous aider à construire un régime adapté, surtout si vous avez une maladie rénale.