Prendre un médicament, c’est souvent nécessaire. Mais ce n’est pas sans risque. Même les traitements les plus courants peuvent causer des effets secondaires. Certains sont légers, d’autres peuvent être graves. La question n’est pas de savoir si vous en aurez, mais quand et comment réagir.
Quels sont les effets secondaires les plus fréquents ?
La plupart des effets secondaires ne sont pas des surprises. Ils sont bien connus, documentés, et souvent mentionnés sur la notice. Les plus courants ? Des problèmes digestifs, de la fatigue, des maux de tête, et des étourdissements. Selon Harvard Health, la nausée, la constipation, la diarrhée, la bouche sèche, la somnolence, l’éruption cutanée et les maux de tête reviennent sans cesse dans les rapports des patients.
Pourquoi ces symptômes-là ? Parce que les médicaments agissent sur tout le corps, pas seulement sur la cible. Un anti-inflammatoire peut irriter l’estomac. Un antidouleur opioïde ralentit le transit. Un anxiolytique comme l’alprazolam peut provoquer de la confusion ou une somnolence intense. Même un simple antihistaminique comme la diphenhydramine (Benadryl) bloque l’acétylcholine, ce qui explique la bouche sèche, la somnolence, et parfois des troubles de la mémoire.
Les médicaments pour le cœur, comme le métoprolol, peuvent provoquer des étourdissements, un gonflement des chevilles ou des nausées. Les traitements contre les brûlures d’estomac comme l’oméprazole peuvent causer de la constipation ou des maux de tête. Ce ne sont pas des erreurs : ce sont des effets attendus, même s’ils sont désagréables.
Quand un effet secondaire devient-il grave ?
Tous les effets secondaires ne se valent pas. Certains sont bénins, d’autres peuvent être mortels. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et la FDA définissent une réaction grave comme celle qui cause :
- La mort ou une menace pour la vie
- Une hospitalisation ou une prolongation d’hospitalisation
- Une invalidité permanente
- Une malformation congénitale
Voici quelques réactions critiques à ne jamais ignorer :
- Anaphylaxie : gonflement des lèvres, de la langue, difficulté à respirer, éruption cutanée rapide, chute de la pression. C’est une urgence absolue.
- Syndrome de Stevens-Johnson (SJS) et nécrolyse épidermique toxique (TEN) : éruption cutanée massive, peau qui se détache comme une brûlure, fièvre élevée. Cela peut entraîner des lésions rénales ou pulmonaires.
- Réaction DRESS : éruption, ganglions enflés, fièvre, atteinte du foie ou des reins. Elle peut apparaître plusieurs semaines après le début du traitement.
- Saignements internes : particulièrement avec les anticoagulants ou les anti-inflammatoires. Si vous voyez du sang dans vos selles, vos urines, ou si vous avez des ecchymoses inexpliquées, consultez immédiatement.
- Psychoses ou pensées suicidaires : certains traitements pour l’épilepsie, la dépression ou même les contraceptifs ont été associés à ces risques.
Un médicament comme l’efalizumab (Raptiva), utilisé pour le psoriasis, a été retiré du marché en 2009 après des cas de méningite et d’infection cérébrale mortelle. Ce n’est pas une exception : la sécurité des médicaments est un processus continu, parfois tragique.
Les traitements du cancer : des effets spécifiques et parfois durables
Les chimiothérapies et radiothérapies ne visent pas seulement les cellules cancéreuses. Elles touchent aussi les cellules saines qui se divisent vite : les cheveux, la moelle osseuse, la muqueuse digestive.
Les effets les plus connus ? La fatigue extrême, la perte de cheveux (souvent temporaire), les nausées, les saignements ou infections fréquents à cause d’une baisse des globules blancs. Mais il y a aussi des effets plus cachés :
- La radiothérapie au niveau de la tête ou du cou peut provoquer une bouche sèche persistante.
- Un traitement dans la région pelvienne peut entraîner une baisse de la libido, une infertilité, ou une ménopause précoce.
- La radiothérapie abdominale peut causer une diarrhée qui dure quelques semaines après la fin du traitement.
- Des difficultés à avaler ou une perte d’appétit sont fréquentes si la zone traitée est la poitrine ou le cou.
Les patients doivent savoir que ces effets peuvent durer longtemps - parfois toute la vie. Ce n’est pas seulement une question de survie, mais de qualité de vie après le traitement.
Les interactions : quand deux médicaments font un danger
Prendre plusieurs médicaments à la fois augmente le risque. C’est particulièrement vrai chez les personnes âgées, qui prennent souvent 5, 6 ou plus de traitements par jour.
Voici des combinaisons dangereuses bien connues :
- Alcool + opioïdes : risque accru d’arrêt respiratoire. C’est une cause fréquente de décès accidentels.
- Jus de pamplemousse + certains médicaments : il peut bloquer la dégradation de certains traitements pour le cœur (comme les statines) ou la pression artérielle, faisant monter leur concentration dans le sang jusqu’à des niveaux toxiques.
- Anticoagulants + anti-inflammatoires (NSAID) : augmente le risque de saignement gastro-intestinal.
- Antidépresseurs + certains analgésiques : risque de syndrome sérotoninergique, qui peut être mortel.
Une étude de 2022 montre que près de la moitié des patients arrêtent leur traitement dans la première année à cause des effets secondaires. Et 28 % de ces arrêts sont dus à des troubles digestifs. Ce n’est pas de la négligence : c’est de la peur. Et la peur vient souvent d’un manque d’information.
Les personnes âgées : un risque multiplié
Les personnes de plus de 65 ans sont 3 fois plus susceptibles de subir une réaction adverse qu’un adulte plus jeune. Pourquoi ? Trois raisons :
- Elles prennent plus de médicaments (polypharmacie).
- Leur foie et leurs reins ne filtrent plus aussi bien les substances.
- Leur cerveau est plus sensible aux effets des anxiolytiques, des somnifères ou des antihistaminiques.
Un anxiolytique comme le lorazepam peut sembler inoffensif, mais chez une personne âgée, il augmente le risque de chutes - et donc de fractures - ou de délire aigu. C’est pourquoi les médecins doivent toujours revoir les traitements chez les seniors : est-ce encore nécessaire ? Y a-t-il une alternative plus sûre ?
Comment et quand signaler un effet secondaire ?
Vous n’êtes pas obligé de subir un effet secondaire en silence. Il existe des systèmes pour recueillir ces informations - mais moins de 5 % des réactions sont réellement déclarées.
En France, vous pouvez signaler un effet secondaire via le site signalement-sante.gouv.fr ou via l’application « Signalement des effets indésirables » de l’ANSM. Les pharmaciens et les médecins doivent aussi les déclarer, mais vous, patient, pouvez le faire directement.
Voici quand agir :
- Immédiatement : si vous avez des signes d’anaphylaxie, de SJS/TEN, de saignement important, de perte de conscience, ou de pensées suicidaires.
- En quelques jours : si un effet est persistant, aggrave votre quotidien, ou apparaît après un changement de traitement.
- En consultation : si vous avez un doute, même léger. Une bouche sèche qui dure ? Une fatigue qui ne passe pas ? Un mal de tête qui revient ? Ce n’est peut-être pas grave, mais c’est à vérifier.
Ne vous sentez pas coupable de signaler. C’est votre droit. Et c’est votre contribution à la sécurité de tous. Chaque signalement aide à mieux comprendre les risques et à améliorer les traitements.
Que faire si vous avez peur de prendre votre médicament ?
La peur est légitime. Mais arrêter un traitement sans avis médical peut être plus dangereux que les effets secondaires.
Voici ce qu’il faut faire :
- Ne supprimez pas le traitement vous-même.
- Prenez note des symptômes : quand ils apparaissent, leur intensité, ce qui les aggrave ou les soulage.
- Consultez votre médecin ou votre pharmacien. Apportez la liste de tous vos médicaments, y compris les compléments et les plantes.
- Demandez : « Y a-t-il une alternative plus tolérée ? » ou « Peut-on réduire la dose ? »
La sécurité médicamenteuse, ce n’est pas seulement une question de réglementation. C’est une relation entre vous, votre médecin, et votre pharmacien. Et vous avez un rôle central à jouer.
9 Commentaires
James Ebert
novembre 30 2025
Le jargon médical est un mur de béton pour les patients. On nous balance des acronymes comme SJS, TEN, DRESS comme si c’était du vocabulaire de base. Mais la plupart d’entre nous, on ne sait même pas ce que ça veut dire. Faut arrêter de penser que « c’est écrit sur la notice » = on a bien informé. La notice, c’est un document juridique, pas un guide de survie. Il faut des explications claires, en langage humain, dès la prescription. Sinon, on se retrouve avec des gens qui arrêtent leur traitement par peur… ou par ignorance.
Angélica Samuel
décembre 1 2025
La peur est une émotion primitive. Et les patients la confondent avec une compétence médicale. Vous n’êtes pas un expert parce que vous avez lu un article. La médecine n’est pas un blog.
Andre Horvath
décembre 1 2025
Je suis pharmacien depuis 22 ans. Chaque semaine, quelqu’un vient me dire : « J’ai arrêté mon traitement parce que j’ai eu la nausée ». Je leur demande : « Et votre médecin en sait-il quelque chose ? ». La réponse est toujours non. Le système est cassé. On attend que le patient se brûle pour réagir. Alors qu’un simple appel à la pharmacie aurait évité l’arrêt brutal. Signaler, c’est pas juste un devoir, c’est un acte de soin.
Benjamin Poulin
décembre 2 2025
Je suis allergique à l’ibuprofène, et j’ai eu une réaction cutanée après une prise accidentelle. J’ai envoyé un signalement à l’ANSM. Deux semaines plus tard, j’ai reçu un mail de remerciement. C’était la première fois qu’on me disait « merci pour votre contribution ». J’ai pleuré. Parce que je me suis senti entendu. Pour la première fois depuis des années. 🙏
Regine Osborne
décembre 4 2025
Les seniors, c’est la cible numéro un des effets secondaires. Ma grand-mère prenait 7 médicaments. Un jour, elle a chuté, a cassé sa hanche, et on a découvert que c’était à cause d’un somnifère + un anxiolytique + un antihistaminique pour les allergies. Le médecin avait prescrit tout ça séparément. Personne n’a fait le lien. La polypharmacie, c’est un piège invisible. Il faut des audits médicamenteux annuels, pas juste des ordonnances qui s’empilent.
Rene Puchinger
décembre 5 2025
Je viens de finir une chimio, et je peux vous dire : la fatigue, c’est pas juste « j’ai pas dormi ». C’est comme si ton corps était en mode économie d’énergie… mais en permanence. Et les cheveux qui tombent ? Ça te fait te regarder dans le miroir comme un étranger. Mais ce que j’ai appris, c’est qu’on peut en parler. Sans honte. Et que les gens autour veulent entendre. Même si c’est dur. Parce que dire « j’ai peur » ou « j’ai mal »… c’est pas faiblesse. C’est courage.
Leo Kling
décembre 6 2025
La documentation des effets indésirables est structurée selon les normes ICH E2A, avec une classification selon la gravité (Grade 1 à 5 selon CTCAE). Les signalements spontanés présentent un biais de sous-déclaration de 90-95 %, comme le soulignent les études de la FDA et de l’OMS. Les systèmes de pharmacovigilance doivent intégrer des algorithmes d’analyse de texte pour extraire les signaux à partir des récits patients non structurés. Sans cela, on ne détecte pas les réactions rares, mais récurrentes, comme le syndrome de DRESS tardif ou les dysfonctions cognitives liées aux benzodiazépines chez les patients âgés. La transparence n’est pas une option - c’est un impératif éthique.
marc boutet de monvel
décembre 7 2025
En France, on a les meilleurs systèmes de surveillance au monde. L’ANSM, c’est de l’excellence. Mais faut que les gens arrêtent de croire que la médecine est parfaite. On a des médicaments qui sauvent, oui. Mais aussi des effets secondaires qu’on ne connaît pas encore. Alors signalez. Parce que si on ne le fait pas, qui le fera ? Et si on ne le fait pas, c’est pas le système qui va changer. C’est nous. Notre voix. Notre expérience. C’est notre pays. Et on mérite mieux.
Galatée NUSS
novembre 30 2025
Je me suis fait prescrire un antihistaminique pour une allergie saisonnière, et j’ai passé 3 jours à me demander pourquoi je voyais tout flou. J’ai cru que j’avais un problème neurologique… jusqu’à ce que je relise la notice. Bouche sèche, somnolence, troubles de la mémoire - oui, tout y était. J’aurais aimé qu’on me le dise en consultation, pas en lisant 200 mots en police 6.