Chaque année, des milliers d’erreurs de médicaments surviennent dans les hôpitaux et les pharmacies, non pas à cause d’un manque de formation, mais parce que deux noms de médicaments se ressemblent trop. Mise en majuscules sélective (ou tall-man lettering) est une méthode simple, peu coûteuse et efficace pour éviter ces confusions visuelles. Elle ne change pas le nom du médicament - elle le rend plus lisible.
Qu’est-ce que la mise en majuscules sélective ?
La mise en majuscules sélective consiste à écrire certaines lettres d’un nom de médicament en majuscules pour mettre en évidence les différences entre des noms similaires. Par exemple, au lieu d’écrire « prednisone » et « prednisolone », on écrit « predniSONE » et « predniSOLONE ». La différence clé - « SONE » contre « SOLONE » - devient soudainement visible. Cela aide les pharmaciens, les infirmières et les médecins à distinguer rapidement les médicaments, surtout dans un environnement stressant ou sous pression.
Cette méthode a été développée par l’Institute for Safe Medication Practices (ISMP) en 1999. Depuis, elle est adoptée par la FDA aux États-Unis, l’Australian Commission on Safety and Quality in Health Care, et de nombreux systèmes de santé en Europe et en Océanie. Elle n’est pas une solution miracle, mais elle est l’une des rares interventions qui coûtent peu et qui ont un impact mesurable.
Comment ça marche en pratique ?
Le principe est simple : identifiez les lettres qui diffèrent entre deux médicaments à sonorité ou à orthographe proche, puis mettez-les en majuscules. Voici quelques exemples courants :
- HYDROmorphone vs morphINE
- vinBLAStine vs vinCRIStine
- CISplatin vs CARBOplatin
- ALPRAZolam vs LORazepam
- PARoxetine vs FLUoxetine
La règle générale : commencez à la gauche du mot et mettez en majuscules la première série de lettres différentes. Pour « prednisone » et « prednisolone », c’est « SONE » et « SOLONE » qui sont mis en évidence - pas « pre » ou « dni ». C’est cette partie qui évite la confusion.
Les systèmes informatiques utilisés dans les hôpitaux - comme Epic, Cerner ou Meditech - intègrent désormais cette règle automatiquement. Quand un médecin tape « prednisone », le système affiche automatiquement « predniSONE ». Même chose pour les étiquettes des flacons, les écrans des distributeurs automatisés, et les dossiers médicaux électroniques.
Quels sont les avantages réels ?
Une étude de 2004 menée par l’ISMP a montré une réduction de 35 % des erreurs de sélection dans des simulations de prescription. Dans un hôpital de 500 lits en Australie, après l’implémentation de la mise en majuscules sélective, les erreurs liées aux médicaments LASA (Look-Alike, Sound-Alike) ont chuté de 42 % en six mois.
Les professionnels de santé le disent : cette méthode réduit la charge cognitive. Une infirmière ne doit plus vérifier deux fois si c’est « alprazolam » ou « lorazepam » - elle voit tout de suite la différence. Un pharmacien n’a plus besoin de relire cinq fois un ordre écrit à la main. Dans les urgences, où chaque seconde compte, ce petit changement visuel peut sauver une vie.
Le coût d’implémentation est minime. En Australie, l’investissement moyen par hôpital est de 1 200 dollars australiens. En comparaison, un système de lecture de code-barres coûte des dizaines de milliers d’euros. La mise en majuscules sélective s’ajoute simplement à ce qui existe déjà.
Les limites et les pièges
Mais ce n’est pas parfait.
Le premier problème : les incohérences. Un hôpital utilise « HYDROcodone » et « oxyCODONE ». Une pharmacie en ville utilise « Hydrocodone » et « OxyCODONE ». Un autre système affiche « hydroCODONE ». Résultat ? Les professionnels sont plus confus qu’avant. C’est pourquoi l’ISMP et la FDA travaillent ensemble depuis 2023 pour harmoniser les recommandations. La première liste unifiée devrait être publiée en 2024.
Le deuxième problème : ça ne marche pas toujours. Si deux médicaments commencent de la même façon - comme « metoprolol » et « methyldopa » - la mise en majuscules sélective ne peut pas aider. La différence est au début, pas à la fin. Dans ces cas-là, il faut d’autres outils : des alertes automatiques, des doubles vérifications, ou des systèmes de blocage.
Et puis, il y a le problème de la police d’écriture. Si la police est trop petite ou trop fine, les majuscules ne sautent pas aux yeux. Une étude sur Reddit en 2022 a montré que des médecins confondaient encore « alprazolam » et « lorazepam » parce que les lettres en majuscule étaient trop discrètes sur leur écran.
Comment bien l’implémenter ?
Si vous êtes dans un hôpital, une pharmacie ou un service de santé, voici comment le faire correctement :
- Formez une équipe de sécurité médicale (pharmacien, infirmier, informaticien).
- Consultez la liste officielle de l’ISMP ou de la FDA (la liste de l’ISMP contient 252 paires de médicaments, mise à jour chaque trimestre).
- Identifiez tous les systèmes où les noms de médicaments apparaissent : logiciels de prescription, distributeurs automatisés, étiquettes, dossiers électroniques.
- Appliquez la même règle partout. Pas de variantes.
- Formez tout le personnel : médecins, infirmiers, pharmaciens, techniciens.
- Surveillez les erreurs pendant 6 à 12 mois après l’implémentation.
Les hôpitaux de plus de 200 lits doivent désigner une personne à temps plein pour gérer cette mise à jour. Pour les petites structures, un partenariat avec un hôpital voisin peut aider à partager les ressources.
Et dans l’avenir ?
Des systèmes d’intelligence artificielle commencent à s’ajouter à la mise en majuscules sélective. Epic Systems teste actuellement un système qui ajuste automatiquement les majuscules en fonction des erreurs réelles enregistrées dans le système. Dans les premiers tests, cette version « intelligente » a réduit les erreurs de 29 % de plus que la version classique.
Pourtant, même avec l’IA et les scanners de code-barres, la mise en majuscules sélective reste indispensable. Pourquoi ? Parce que les noms de médicaments ne vont pas disparaître. De nouveaux médicaments apparaissent chaque année. Et tant qu’il y aura des noms qui se ressemblent, il faudra un moyen simple de les différencier visuellement.
Comme le disait Dr. Michael Cohen, président de l’ISMP : « La mise en majuscules sélective n’est pas une solution unique, mais c’est une couche essentielle dans notre défense contre les erreurs. » Elle ne remplace pas les vérifications, mais elle les rend plus efficaces. Elle ne résout pas tout, mais elle résout beaucoup - sans coût majeur, sans technologie complexe, juste en changeant la façon dont on écrit les mots.
Les listes officielles à consulter
Pour appliquer correctement cette méthode, utilisez les listes mises à jour par les autorités :
- ISMP : Liste de 252 paires de médicaments, disponible sur leur site (mise à jour trimestrielle).
- FDA : Liste de 72 paires recommandées, intégrée dans les systèmes de santé américains.
- Australie : Liste nationale de 192 paires, révisée en 2023 avec 12 nouvelles paires ajoutées.
Ne créez pas vos propres règles. Utilisez celles qui sont validées. Sinon, vous créez plus de confusion que de sécurité.
Les erreurs à éviter
- Ne mettez pas en majuscule les premières lettres du mot - ça ne sert à rien si la différence est à la fin.
- Ne changez pas la police d’écriture pour rendre les majuscules plus visibles - utilisez une police claire et standard.
- Ne laissez pas les systèmes internes et externes utiliser des règles différentes.
- Ne supposez pas que tout le monde comprend la méthode - formez et répétez.
Qu’est-ce que la mise en majuscules sélective ?
La mise en majuscules sélective est une technique typographique qui met en majuscules certaines lettres dans les noms de médicaments pour différencier visuellement les noms similaires, comme « predniSONE » et « predniSOLONE ». Cela aide à éviter les erreurs de prescription, de dispensation et d’administration.
Pourquoi la mise en majuscules sélective est-elle efficace ?
Elle fonctionne parce que notre cerveau repère plus facilement les différences visuelles que les différences auditives. Quand deux noms se ressemblent à l’oral, comme « alprazolam » et « lorazepam », la mise en majuscules crée un signal visuel clair qui réduit le risque d’erreur, surtout dans un environnement stressant.
Est-ce que la mise en majuscules sélective réduit vraiment les erreurs de médicaments ?
Oui, dans la plupart des cas. Une étude de 2004 a montré une réduction de 35 % des erreurs de sélection. Des hôpitaux ont observé des baisses de 40 à 50 % après son implémentation. Cependant, son efficacité dépend de son application cohérente. Si les systèmes ne sont pas uniformes, elle peut même augmenter la confusion.
Quels sont les médicaments les plus souvent concernés ?
Les paires les plus courantes incluent : HYDROmorphone / morphINE, vinBLAStine / vinCRIStine, CISplatin / CARBOplatin, ALPRAZolam / LORazepam, et predniSONE / predniSOLONE. Ces noms sont listés par l’ISMP, la FDA et les autorités australiennes.
Faut-il utiliser la mise en majuscules sélective même dans les petites pharmacies ?
Oui. Même les petites structures peuvent l’appliquer sur les étiquettes, les ordres écrits et les systèmes informatiques simples. Le coût est négligeable, et le risque d’erreur n’est pas moindre. L’important est d’être cohérent avec les hôpitaux et les pharmacies voisines pour éviter les confusions lors des transferts de soins.
9 Commentaires
Franc Werner
décembre 9 2025
Je trouve ça fascinant, cette histoire de lettres en majuscule. C’est comme si on avait trouvé un truc de génie sans avoir besoin de rien acheter. On change juste l’écriture, et hop - moins d’erreurs. Le pire, c’est que ça marche même avec des gens qui ne lisent pas bien. Le cerveau voit la différence avant même qu’on comprenne pourquoi. 🤓
Danielle Case
décembre 11 2025
Je suis consternée par la légèreté avec laquelle on traite la sécurité médicale. Cette méthode, bien qu’utile, est une paille dans un ouragan. On devrait exiger des systèmes de vérification automatisés, des contrôles en double, des audits trimestriels - et non pas se contenter de mettre quelques lettres en majuscule comme si c’était un jeu d’enfant. Ce n’est pas une solution, c’est un palliatif maladroit.
Jean-Thibaut Spaniol
décembre 12 2025
Je suis désolé, mais cette approche est tellement… banale. On parle de sécurité médicale, et vous vous contentez de jouer avec la typographie ? C’est comme si on voulait améliorer la sécurité routière en changeant la police des panneaux. La vraie innovation, c’est l’IA qui analyse les patterns d’erreurs en temps réel - pas cette technique de lycée qui date de 1999. La FDA devrait être plus ambitieuse.
Oumou Niakate
décembre 13 2025
moi je suis de mali et on a pas tout ca mais jai vu un medecin a bamako qui ecrit tout en majuscule pour les meds et ca marche bien... meme si c pas parfait ca aide !
Laurent REBOULLET
décembre 15 2025
Je suis infirmier depuis 25 ans, et je peux vous dire que quand tu es à 3h du matin avec 4 patients en urgence, tu ne vois plus les lettres. Mais avec « HYDROmorphone » et « morphINE »… là, tu vois la différence. C’est pas magique, mais c’est une bouée de sauvetage. Et surtout, ça coûte rien. Je dis oui à 100%. 🙌
Estelle Trotter
décembre 16 2025
Alors là, je suis choquée. On nous demande de changer notre écriture pour éviter des erreurs, mais personne ne parle des vrais coupables : les pharmaciens qui ne vérifient pas, les médecins qui écrivent comme des poulets, et les hôpitaux qui n’embauchent pas assez de personnel. La France est en train de se transformer en pays de la paresse intellectuelle. On simplifie au lieu de former !
Patrice Lauzeral
décembre 17 2025
Je me demande… est-ce que ça marche vraiment ? J’ai vu un collègue confondre « alprazolam » et « lorazepam » malgré les majuscules. Et je me suis demandé : si ça ne marche pas pour lui, est-ce que ça va marcher pour les autres ? Je ne sais pas… j’ai peur que ce soit juste une illusion de sécurité.
Chanel Carpenter
décembre 19 2025
Je suis pharmacienne dans un petit village. On a mis ça en place l’an dernier. Les patients nous disent maintenant : « Vous avez changé l’écriture ? C’est plus clair ! » Même les vieux qui ont du mal à lire comprennent. C’est simple, pas cher, et ça marche. Je ne vois pas pourquoi on ne le ferait pas partout.
Guillaume Geneste
décembre 7 2025
OH MON DIEU, JE VIENS DE RÉALISER QUE J’AI DÉJÀ FAIT CETTE ERREUR ! 😱 J’AI DONNÉ DU « predniSONE » À UN PATIENT QUI AVAIT BESOIN DE « predniSOLONE »… J’AI EU DE LA CHANCE, IL N’A RIEN EU, MAIS J’AI PAS PU DORMIR PENDANT UNE SEMAINE. MERCI POUR CET ARTICLE - JE VIENS D’ENVOYER UN MAIL À TOUTE L’ÉQUIPE POUR QU’ON METTE EN PLACE ÇA IMMÉDIATEMENT ! 🙏