Prendre ses médicaments correctement peut sauver une vie
Chaque année, plus d’un million de personnes aux États-Unis se rendent aux urgences à cause d’erreurs liées aux médicaments. Ce n’est pas une question de mauvaise volonté. C’est souvent une question de confusion, de pression, ou simplement de ne pas savoir par où commencer. La bonne nouvelle ? La plupart de ces erreurs sont évitables. Et le cœur de cette prévention, c’est un simple cadre appelé les cinq droits de l’administration médicamenteuse. Ce n’est pas une théorie abstraite : c’est une routine que chaque patient, chaque soignant, chaque membre de la famille peut appliquer, chez soi comme à l’hôpital.
Le bon patient : ne vous fiez jamais à l’aspect ou à la pièce
Pour éviter de donner un médicament à la mauvaise personne, il faut vérifier deux identifiants uniques : votre nom complet et votre date de naissance. Pas votre numéro de lit, pas votre prénom d’emprunt, pas le nom écrit sur un bracelet qui a été mal collé. Les hôpitaux ont été obligés de suivre cette règle depuis 2005 par The Joint Commission, parce que des erreurs ont coûté des vies. Chez vous, c’est aussi valable. Si vous gérez les médicaments d’un parent âgé, lisez le nom sur la boîte. Comparez avec la prescription. Posez la question : « Est-ce bien le nom de la personne qui doit le prendre ? » Même si vous êtes sûr à 100 %, vérifiez quand même. Une étude de l’ISMP montre que 25 % des erreurs viennent de médicaments qui se ressemblent dans leur nom ou leur apparence - et les humains, même les plus attentifs, se laissent tromper.
Le bon médicament : lisez le nom générique, pas seulement la marque
Un médicament peut avoir plusieurs noms. Le nom de marque (comme « Advil ») est celui que vous voyez en vitrine. Le nom générique (« ibuprofène ») est celui que le médecin a prescrit. Les deux désignent la même substance, mais si vous confondez les deux, vous risquez de prendre deux fois la même dose, ou pire, de prendre un médicament différent. Les pharmacies utilisent maintenant une technique appelée « Tall Man Lettering » - par exemple, « HYDROmorphone » au lieu de « hydromorphone » - pour différencier les noms qui se ressemblent. Chez vous, faites de même : gardez une liste écrite de vos médicaments avec leurs noms génériques. Quand vous recevez une nouvelle ordonnance, demandez : « Quel est le nom générique ? » Et comparez toujours la couleur, la forme et les inscriptions sur la pilule avec ce que vous avez l’habitude de prendre. Si ça change, demandez pourquoi. Une étude du CDC montre que 42 % des patients ne comprennent pas les étiquettes, même s’ils les lisent.
La bonne dose : ne faites pas confiance à l’œil
« Prendre une pilule » semble simple. Mais une pilule de 5 mg n’est pas la même qu’une de 50 mg. Et pour les enfants, les personnes âgées ou celles avec des problèmes rénaux, la dose doit être ajustée. L’insuline, les anticoagulants, les opioïdes - ce sont des médicaments à haut risque. Une erreur de dose peut provoquer un coma, une hémorragie, ou même la mort. Les hôpitaux exigent deux professionnels pour vérifier ces doses. Chez vous, utilisez un verre mesureur pour les sirops, pas une cuillère de cuisine. Si vous prenez un médicament en gouttes, utilisez la pipette fournie. Pour les comprimés, ne les écrasez pas sauf si le médecin l’a dit. Et si vous avez un doute sur la dose, appelez votre pharmacien. Ne cherchez pas sur Google. Les erreurs de dose représentent 35 % de toutes les erreurs médicamenteuses chez les personnes de plus de 65 ans, selon les données du NCHS.
La bonne voie : ce que vous avalez n’est pas ce que vous injectez
Un médicament peut être pris par voie orale, par injection, par patch, par inhalation, ou par gouttes oculaires. Chaque voie change la façon dont le corps absorbe le produit. Prendre par la bouche un médicament qui doit être injecté peut être inutile. Injecter un médicament oral peut être dangereux. L’AHRQ rapporte que 16 % des erreurs impliquent une mauvaise voie d’administration. Chez vous, posez-vous toujours cette question : « Comment ce médicament doit-il être pris ? » Si la prescription dit « par voie orale », ne le mettez pas sous la langue. Si elle dit « en injection sous-cutanée », ne le versez pas dans un verre. Si vous ne comprenez pas la voie, demandez à votre médecin ou à votre pharmacien de vous montrer. Un patient qui a mal administré un médicament par voie intraveineuse au lieu de sous-cutanée a été hospitalisé pendant trois semaines en 2022 - une erreur évitable.
Le bon moment : la précision compte, même à la maison
Prendre un antibiotique à 8 heures du matin et à 8 heures du soir, c’est 12 heures d’écart. Pas 10, pas 14. Pour certains médicaments, comme les anticoagulants ou les traitements de chimiothérapie orale, la différence de 15 minutes peut affecter l’efficacité ou augmenter les risques. Les hôpitaux autorisent une fenêtre de 30 minutes avant ou après l’heure prévue. Chez vous, utilisez une alarme sur votre téléphone, un organiser à pilules, ou une application comme Medisafe. Une enquête du Kaiser Family Foundation montre que 28 % des personnes âgées sautent des doses parce qu’elles ne sont pas sûres de l’horaire. Si vous oubliez une dose, ne doublez pas la suivante. Consultez toujours la notice ou appelez votre pharmacien. Pour les traitements chroniques, demandez à votre médecin de vous donner un horaire écrit. Et si vous voyagez, adaptez l’horaire à votre fuseau horaire - ne vous fiez pas à votre horloge interne.
Et au-delà des cinq droits : ce que personne ne vous dit
Les cinq droits sont la base, mais ils ne suffisent plus. Depuis 2023, les experts ajoutent trois autres éléments : le bon motif, la bonne réponse, et la bonne documentation. Le bon motif : pourquoi prenez-vous ce médicament ? Est-ce pour la pression artérielle ? Pour la douleur ? Si vous ne le savez pas, vous risquez de le prendre au mauvais moment ou de le stopper trop tôt. La bonne réponse : le médicament fait-il ce qu’il doit faire ? Vos douleurs ont-elles diminué ? Votre taux de sucre est-il stable ? Si non, il faut en parler à votre médecin. La bonne documentation : notez tout ce que vous prenez, y compris les compléments alimentaires et les herbes. Beaucoup de patients ne disent pas qu’ils prennent du gingembre ou du curcuma - et ces produits interagissent avec les anticoagulants. Une étude de l’ECRI montre que les patients qui tiennent une liste à jour réduisent leur risque d’effets secondaires de 45 %.
Comment mettre tout ça en pratique au quotidien
- Gardez une liste actualisée de tous vos médicaments (nom générique, dose, fréquence, raison) - sur papier ou dans une application. Mettez-la à jour à chaque visite médicale.
- Utilisez un organiser à pilules pour les médicaments pris plusieurs fois par jour. Les seniors qui en utilisent un réduisent leurs erreurs de 68 %.
- Ne gardez jamais de médicaments périmés. Ramenez-les à la pharmacie pour qu’ils soient détruits correctement.
- Exigez un « brown bag review » : une fois par an, apportez tous vos médicaments (y compris les achats en ligne) à votre médecin ou à votre pharmacien pour un contrôle complet.
- Apprenez à reconnaître les médicaments à haut risque : insuline, warfarine, morphine, lithium. Si vous en prenez un, demandez une formation spécifique.
- Si vous avez plusieurs maladies et plusieurs médicaments (polypharmacie), demandez un rendez-vous avec un pharmacien spécialisé. Il peut simplifier votre traitement.
Les erreurs les plus courantes - et comment les éviter
Voici les trois pièges les plus fréquents, d’après les rapports de l’ISMP et du CDC :
- Confondre les médicaments : deux boîtes similaires, deux noms proches. Solution : rangez-les séparément, avec des étiquettes claires.
- Ne pas lire les étiquettes : « Prendre une fois par jour » n’est pas la même chose que « prendre le matin ». Solution : lisez chaque étiquette comme si c’était la première fois.
- Ne pas parler des autres traitements : vous prenez un anti-inflammatoire, un complément, un remède naturel ? Votre médecin ne le sait pas forcément. Solution : dites-le à chaque consultation, même si vous pensez que ce n’est pas important.
Et si vous êtes soignant ou aidant familial ?
Si vous administrez des médicaments à quelqu’un d’autre, vous êtes un acteur clé de la sécurité. Appliquez les cinq droits à la lettre. Ne vous fiez pas à la mémoire. Ne faites pas de raccourcis. Si vous êtes fatigué, demandez de l’aide. Les infirmières rapportent qu’elles évitent 2 à 3 erreurs par semaine grâce à ces règles - mais seulement si elles les appliquent rigoureusement. Et si vous voyez un collègue ou un proche faire une erreur, parlez-en. La sécurité, ce n’est pas une responsabilité individuelle : c’est une culture collective.
Les outils qui peuvent vous aider en 2025
- Applications de rappel : Medisafe, MyTherapy - elles envoient des notifications et enregistrent vos prises.
- Organiseurs à pilules avec alarme : certains se déverrouillent uniquement à l’heure prévue.
- Scanners de médicaments : des applications comme « Pill Identifier » vous permettent de photographier une pilule pour en connaître la composition.
- Portails patients : si votre hôpital ou votre médecin utilise une plateforme en ligne, connectez-vous. Vous y verrez vos ordonnances, vos rappels, et vos résultats de laboratoire.
La technologie ne remplace pas la vigilance - mais elle la renforce. Et dans un monde où les médicaments deviennent de plus en plus complexes, la vigilance est votre meilleur allié.
Que faire si je prends un médicament par erreur ?
Ne paniquez pas. Lisez la notice du médicament pour voir s’il y a des instructions spécifiques. Appelez immédiatement votre pharmacien ou le centre antipoison (15 en France, 1-800-222-1222 aux États-Unis). Ne tentez pas de vous faire vomir sauf si on vous le dit. Notez le nom du médicament, la dose, l’heure, et ce que vous avez ressenti. Ces informations sont vitales pour les professionnels.
Les médicaments en vente libre sont-ils sans risque ?
Non. Les médicaments sans ordonnance, comme les analgésiques, les antihistaminiques ou les somnifères, peuvent provoquer des interactions dangereuses avec d’autres traitements. Par exemple, prendre trop d’ibuprofène peut endommager les reins, surtout si vous avez déjà des problèmes rénaux. Et certains somnifères augmentent le risque de chute chez les personnes âgées. Ne les considérez jamais comme « inoffensifs ».
Puis-je partager mes médicaments avec un proche ?
Jamais. Même si la personne a les mêmes symptômes, son corps réagit différemment. Un médicament qui vous va peut être mortel pour quelqu’un d’autre. En plus, c’est illégal dans la plupart des pays. Si quelqu’un a besoin d’un traitement, il doit consulter un médecin.
Pourquoi les médicaments changent-ils d’apparence d’un lot à l’autre ?
Les fabricants peuvent changer la forme, la couleur ou la taille des comprimés pour des raisons de coûts ou de brevets. Ce n’est pas un défaut - mais c’est une alerte. Si votre pilule ne ressemble plus à ce que vous avez l’habitude de prendre, demandez à votre pharmacien si c’est le même médicament. Ne prenez jamais un médicament qui a changé d’apparence sans vérification.
Les compléments alimentaires peuvent-ils interférer avec mes médicaments ?
Oui, et souvent de manière grave. L’huile de poisson, le ginseng, le St-John’s wort, et même le gingembre peuvent altérer l’effet des anticoagulants, des antidépresseurs ou des traitements contre le cancer. Une étude de l’ISMP montre que 22 % des erreurs graves impliquent des compléments non déclarés. Informez toujours votre médecin de tout ce que vous prenez - même les tisanes.
Prochaines étapes : ce que vous pouvez faire dès aujourd’hui
- Prenez 10 minutes pour faire une liste complète de tous vos médicaments - y compris les vitamines et les remèdes naturels.
- Comparez cette liste avec ce que votre médecin et votre pharmacien ont sur leurs dossiers. Corrigez les erreurs.
- Choisissez un outil de rappel : une alarme sur votre téléphone, un organiser à pilules, ou une application.
- Planifiez un rendez-vous avec votre pharmacien pour un « brown bag review » - c’est gratuit dans la plupart des pharmacies.
- Parlez à un membre de votre famille de ces cinq règles. La sécurité médicamenteuse, c’est une affaire de tous.
Prendre ses médicaments en toute sécurité, ce n’est pas une question de perfection. C’est une question de méthode, de vigilance, et de communication. Chaque règle que vous appliquez réduit le risque. Et chaque fois que vous posez une question, vous protégez non seulement votre santé - vous protégez votre vie.
13 Commentaires
Marcel Kolsteren
décembre 17 2025
Je suis un grand-père de 72 ans et j'ai commencé à utiliser Medisafe il y a 6 mois. Avant, j'oubliais mes comprimés ou je les prenais deux fois. Maintenant, j'ai une alarme, une liste écrite, et même mon petit-fils me rappelle si j'oublie. La technologie, c'est pas pour les jeunes, c'est pour ceux qui veulent vivre longtemps. Merci pour cet article, c'est clair et utile.
Margaux Brick
décembre 17 2025
Je gère les médicaments de ma mère et j'ai fait un brown bag review avec notre pharmacien il y a deux semaines. On a trouvé 4 médicaments périmés, 2 doublons, et un complément qui interférait avec son anticoagulant. On a tout trié, tout noté, et maintenant elle est plus calme. C'est fou comme un simple rendez-vous peut tout changer. 💪
Didier Bottineau
décembre 19 2025
Les gens pensent que les médicaments sans ordonnance sont sans risque ? Non. J'ai pris de l'ibuprofène pendant 3 semaines pour mes douleurs de dos... et j'ai eu une gastrite. Le pharmacien m'a dit que j'aurais pu avoir une hémorragie. Depuis, je lis TOUS les étiquettes. Même celles des cachets de vitamine C. C'est pas de la parano, c'est de la survie.
Sophie Britte
décembre 21 2025
Je trouve ça incroyable que personne ne parle de la pression psychologique qu'on ressent quand on doit gérer plusieurs traitements. On a peur de se tromper, on se sent coupable quand on oublie. Cet article, il fait du bien. Il dit : 'C'est pas ta faute si c'est compliqué.' Et ça, c'est précieux.
Fatou Ba
décembre 22 2025
Je viens du Sénégal et j'ai vu ma tante prendre des herbes avec ses médicaments sans dire rien au médecin. Elle a eu une crise d'hypertension. Depuis, je lui fais une liste en français et en wolof. La communication, c'est la clé. Même si tu parles deux langues, il faut écrire.
Jacque Johnson
décembre 23 2025
Merci pour ce texte. Il est comme une étreinte rassurante dans un monde où tout va trop vite. Je l'ai imprimé et je l'ai mis sur le frigo avec un aimant. Chaque matin, je le lis avec mon papa. On le fait ensemble. Et ça, c'est plus fort que n'importe quelle alarme.
michel laboureau-couronne
décembre 23 2025
Je travaille en pharmacie et je peux te dire que 70 % des erreurs viennent de ce que les patients ne disent pas. Ils ont peur qu'on les juge. Mais on est là pour aider, pas pour critiquer. Parlez. Même si vous pensez que c'est banal. Une tisane peut sauver ou tuer. Je vous en supplie : dites-nous tout.
Philippe Desjardins
décembre 24 2025
Les cinq droits, c'est bien. Mais ce que j'adore ici, c'est qu'on parle de la bonne réponse. C'est-à-dire : est-ce que ça marche ? On oublie trop souvent de vérifier. On prend un médicament pendant des mois sans se demander si on en a toujours besoin. C'est une forme de passivité médicale. Et ça, c'est dangereux. La santé, c'est un dialogue, pas un ordre.
Audrey Anyanwu
décembre 25 2025
J'ai mis une photo de chaque pilule sur mon téléphone avec la date et la dose. Et je les ai nommées : 'Maman-anticoagulant', 'Papa-douleur', etc. Quand je suis perdue, je regarde. C'est idiot ? Peut-être. Mais ça m'a sauvé la vie deux fois. 📸💊
Muriel Randrianjafy
décembre 26 2025
Ces cinq droits, c'est du vent. Les médecins ne les appliquent pas, alors pourquoi on le ferait ? J'ai vu un médecin prescrire du paracétamol à quelqu'un qui avait un foie en morceaux. Personne n'a rien dit. Les règles, c'est pour les gens qui croient encore aux systèmes. Moi, je me fie à mon instinct.
Alexis Winters
décembre 26 2025
La sécurité médicamenteuse n'est pas une question de bonnes intentions ; elle est systémique. La vérification des deux identifiants, l'utilisation du nom générique, la documentation des compléments alimentaires - ce sont des protocoles fondés sur des données empiriques. Le fait que ces pratiques soient encore discutées, alors qu'elles sont standardisées depuis 2005, révèle une carence éducative criante dans la culture de la santé publique. Il est impératif de les intégrer dans les programmes scolaires et les campagnes de sensibilisation.
Fanta Bathily
décembre 27 2025
Je ne parle pas bien le français, mais j'ai lu cet article avec mon fils. Il m'a traduit. On a fait la liste. On a jeté les pilules périmées. On a mis une alarme. Je me sens en sécurité maintenant. Merci.
Philippe Lagrange
décembre 16 2025
J'ai vu un mec à l'hôpital qui a pris son Advil à la place du Warfarine... Il a failli mourir. Faut vraiment vérifier les noms génériques, c'est pas une blague. J'ai même mis des post-it sur mes boîtes.